Les “guides”, à Rishikesh, sont scandaleux. Honteux. En tout cas, le premier
guide que j’ai pris. Et le deuxième. Et le troisième. Et plusieurs autres guides avec qui j’ai discuté à Gangotri. En fait, je soupconne la très grande majorité des guides de treks indiens d’être
des blaireaux. Des corniauds.
Le premier guide, pour mon premier trek a donné le ton : entre le premier jour (“tu ne veux pas t’arrêter et te reposer ?
Vraiment pas ? Certain ? Parce que moi, je suis fatigué et j’ai mal aux pieds”), le deuxième jour (‘Heu… J’ai la diarrhée…”) et le troisième jour (“j’ai froid et j’ai mal aux pieds”), ce n’a été
qu’une longue suite de plaintes. Pourtant, il n’était pas gene par son sac : gros comme un gros sac à main, son sac en bandoulière contenait juste une paire de tongs, une paire de chaussettes et
une veste de moto. Bonnet, gants ? “Ah … J’ai oublié !”. Biscuits, eau ? Dans mon sac. Trousse de secours ? “Pourquoi faire ?”
Ces plaintes, seules, auraient pu être très supportables. Mais il n’y avait pas que ça ! La phrase fatidique est tombée le deuxième jour : “euh… Je crois qu’on est
perdu… Tu comprends, j’ai fait ce trek une cinquantaine de fois, mais la vegetation a tellemet change…” 45 bonnes minutes pour retrouver notre chemin. Les habitants locaux n’étaient d’aucune aide
; “ils parlent un dialecte different du mien. Je ne les comprend pas”. Bref : ce “guide” ne servait à rien.
Si encore les
deuxièmes et troisièmes guides auraient pu se contenter d’être inutiles ! Non seulement ils n’étaient d’aucune utilité, mais ils étaient aussi de vrais boulets !
Enfin, le pire, c’etait quand
même Asis, le troisième “guide”. Il faisait partie de ses personnes dont, sans même qu’elles ouvrent la bouche, on peut voir qu’elles ne suintent pas l’intelligence par toutes les pores de leur
peau. Un regard vide. Pas vitreux, non, mais un peu comme un regard de bovin.
J’ai commençé à me méfier d’eux avant le départ :
“-Mais…Attendez… On va dormir où à 3800 et 4500 mètres ?”
“-Dans des tentes”
-“Mais…C’est quoi, comme tentes ?”
-“Des tentes modernes de montagne”
-“Quelles marques ? Quels modèles ? MSR ? North Face ?”
-“Heu… Ne vous inquiétez pas : il y a beaucoup de modèles differents. Pas
d’inquiètude”
On s’est donc retrouvés avec une tente igloo genre “Carrefour”, deux tentes
style “vieilles tentes scout” de presque 10 kg chacune. La seule tente de montagne était pour moi. La seule tente trouée et dont la porte ne fermait pas, pour cause de fermeture à glissière
cassée.
Le “duvet de montagne” que l’on m’avait promis ne valait pas mieux. Autant dire
que je me suis pelé le minou.
J’avais dans l’esprit que, “normalement”, un guide veille à ce que ni lui ni ses clients ne soient trop chargés. Faux. Les
porteurs ont dû se coltiner des kilos de matériel inutile : outre des tentes trop lourdes, les guides avaient aussi pris (pour eux) une bouteille de whisky d’un litre, en verre, un jerrican
entier de gazole alors que le tiers aurait suffi, assez de nourriture pour tenir 15 jours (1 kg de confiture pour 5, biscuits apéritifs, un sac poubelle de 30 litres plein de farine,…). Ils n’ont
vraiment pas aidé les coolies. Et quand, le dernier jour, après avoir plié ma tente, j’ai voulu la mettre dans mon sac, la réaction des guides a été instantannée : d’abord hilares, ils croyaient
que je plaisantais. Quand ils ont vu que j’étais serieux, ils sont entrés dans une colère folle : “nan, mais toi, tu ne sais pas comment ça marche, içi. Ce n’est pas à toi de porter ça. Tu
comprends ? Laisse moi faire ou je vais m’énerver!”. Comme si, par ce simple geste, j’avais voulu bousculer l’ordre social établi. “Un porteur, c’est fait pour être houspillé. On ne lui parle
pas, on lui aboie dessus”
Je croyais aussi que “normalement”, un
guide aidait ses clients. Faux. Nos deux “guides” avaient des sacs minuscules, alors que les quatre autres clientes italiennes portaient des charges beaucoup plus importantes (des sacs remplis de
crèmes au Q10+, de gel douche, de déodorant et d’onguent de soin dermique à base de testicule de castor et d’huile de jojoba intense, mais ça, c’est une autre histoire).
Jamais il ne serait venu à l’idée de ces rustres d’échanger leurs sacs. Nan. Les mâles caracolaient devant, suivi du troupeau de femelles soumises (et
italiennes), puis venaient les porteurs. Là encore, quand j’ai voulu “renverser” cet ordre…social en portant mes affaires, plus 5 litres d’eau du groupe, plus une polaire et un sac de couchage
d’une signorita
, j’ai eu droit à des protestations de la part des deux guides-tocards.
Je pensais aussi que, “normalement”, les guides étaient compétents. Là encore,
erreur. Pour monter les tentes, par exemple : bien que ce ne soit pas du tout compliqué, ils les montaient n’importe comment. Mes conseils, admonestations puis mes moqueries ne changeaient rien :
“We know how to do it ! let us do it !”. Résultat : j’ai dû attendre que les guides soient occupés ailleurs, puis j’ai entièrement démonté ma tente pour la remonter correctement.
Le deuxième matin, en me réveillant, j’ai vu le moins malin des guides qui déchirait des serviettes en papier, en faisait de petites boules, et se les
enfonçait dans le conduit auditif.
-“Mais…Pourquoi tu fais ça ?”
-“Tu devrais faire pareil. Chest à cauche du froid : sit u fais pas cha, le
froid entre dans tes Oreilles, et te gèle la cervelle.”
Que répondre à une telle affirmation tout en restant poli ?
Je pensais aussi, naïvement, quún guide connaissait assez bien les montagnes. Au
moins celles avec lesquelles il exerce son activité. Faux, encore. Au campement, jóbservais des sommets enneigés quand Asis, le guide-tocard qui ne rayonnait pas líntelligence, est venu me parler
:
-“Ch’est des très hautes montagnes, hein ?”
-“Oui…Elles sont à quelle altitude ? Comment s’appelent elles
?”
-“Oh, cha, je chai pas. Mais celle-là est à 9000 m d’altitide”
-“9000 m ? Impossible !”
A ce moment, son copain guide-tocard est venu l’aider : “Si, si, 9000 m. Même
que l’Everest est à 10500 m d’altitude”
Outré par tant dígnorance de la part d’un guide, agacé par son refus de
reconnaître la vérité (“le sommet de lÉverest culmine à 8847 m !”), jái fait un pari avec lui : tout mon matos de trek + mon appareil photo contre sa moto (une Royal Enfield Bullet 350cc). Quand,
quelques jours après, il a vu que j’avais raison, il a rechigné à honorer notre pari : “tu comprends, cést mon seul moyen de locomotion… Garde-là 2 jours, pas plus, s’il te plait”.
Enfin, je pensais que les guides étaient, en règle générale, plus performant que leursclients. Faux, encore. Combien de fois a-t-il fallu attendre un des
guides qui était fatigue ? Le pire était vers Goumoukh : nous étions 3, à 4100 m, à attendre un guide qui ne venait pas, alors qu’on l’avait vu 15 minutes plus tôt en train de marcher derrière
nous. Au bout de 10 min, je suis redescendu le chercher. Je lái trouvé allongé sur une Pierre plate, en plein soleil, en train de dormir. Oh, fureur ! Oh, la colère qui sést emparée de moi quand
je lái secoué et sifflé !
-“Dis, mon gros, on est en train de se geler là-haut en t'attendant, alors si tu
veux faire une sieste, c’est au campement, d’accord ?”
-“Mais che dormais pas, che contemplais le paysage!”
En rentrant à Dehli, mon premier geste a été de m’acheter une tente et un sac de couchage. Pour être moins dependant de
gens de la sorte.